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ceux-ci. La taxe des pauvres, telle qu’elle existe en Angleterre, forme, en cas de grève, un subside indirect que l’État ou que les communes donnent aux grévistes ; c’est en réalité un impôt mis sur les industriels et les propriétaires pour aider les ouvriers à triompher de la résistance des premiers. Bien plus, dans certains pays, où le suffrage universel a peuplé les Conseils municipaux de représentants d’opinion démocratique avancée, il arrive que l’on exige de l’ensemble des contribuables des fonds pour soutenir une grève et la faire triompher. À Lyon, par exemple, au mois de mai 1879, pendant la grève des maçons et celle des tisserands, le Conseil municipal votait 50, 000 francs pour les ouvriers en chômage, c’est-à-dire, d’une manière plus ou moins déguisée, pour les ouvriers qui avaient cessé volontairement leur travail afin d’obtenir une rémunération plus élevée. Cette intervention était une infraction au principe de l’égalité des citoyens devant la loi ; on la doit condamner avec autant de rigueur que les abus d’autorité qui étaient autrefois si fréquents en faveur des patrons. Il est malheureusement à craindre que le pouvoir, qui sait rarement demeurer équitable et impartial, ne mette à la disposition des ouvriers, dans leurs contestations avec les patrons, une partie des moyens d’influence qu’il détient. La facilité avec laquelle la ville de Paris a admis en 1879, dans sa Série de prix, l’augmentation de salaire réclamée par les ouvriers fumistes et par d’autres corps d’état est aussi d’un mauvais exemple. On peut en dire autant des délibérations dé la Chambre des députés pour la réduction à dix heures du travail dans les fabriques.

Quoi qu’il en soit, en supposant que l’État et les municipalités restent dans leur rôle, celui de protecteurs de la liberté de tous et de l’ordre public, on ne peut nier que la situation légale des ouvriers ne se soit singulièrement améliorée depuis un demi-siècle, surtout depuis un quart de siècle. Ils ont à peu près conquis l’égalité et la liberté complète. Il n’y a plus de livret obligatoire, plus d’entraves au changement de domicile et à l’exercice des métiers[1], plus de préférence donnée à la

  1. On peut citer, cependant, quelques traces encore de privilèges et d’ex-