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vouloir abuser des avantages de situation que l’un d’eux peut avoir, avantages qui souvent sont mobiles et qui vont parfois, au bout de peu de temps, d’une partie à l’autre. Mais quant à la fixation du taux du salaire, dans la mesure que comporte la situation de l’industrie et du marché des capitaux, il est incontestable que l’ouvrier et le patron agissent comme le vendeur et l’acheteur et que par conséquent ils se trouvent dans une certaine opposition d’intérêts.

Pour qu’aucune des deux parties ne soit atteinte, lésée dans son droit, pour que le taux des salaires soit vraiment déterminé par la nature même des choses, par les rapports économiques, il importe que les lois, les mœurs, le développement intellectuel, ne créent à aucun des deux contractants une situation inférieure à celle de l’autre.

Jusqu’à un temps très-rapproché de nous, si voisin encore que c’est à peine si nous en sommes sortis, la loi, les mœurs, l’inégalité d’instruction et d’autres circonstances passagères mettaient l’ouvrier dans une position désavantageuse, et le plaçaient en partie à la discrétion du patron, de celui qu’on appelait « le maître ». La loi a été pendant les siècles passés et pendant plus de la moitié du siècle actuel, ou manifestement défavorable a l’ouvrier, ou soupçonneuse et défiante vis-à-vis de lui.

Les socialistes prétendent que le salaire est un reste de servage ; cette allégation est folle entre le servage et le salaire il n’y a rien de commun quant à la nature, quant à l’essence du contrat ; mais ce qui est vrai, c’est que, longtemps après la disparition du servage, les règlements et les lois se sont ressentis des traditions de ce mode d’organisation du travail le contrat de salaire n’a pas été complètement libre. La loi y est intervenue avec sa force coercitive ou sa force préventive, et toujours, même pendant la période révolutionnaire de la fin du siècle, elle a montré une évidente partialité pour celui qui paie le travail et contre celui qui le fournit. Ce système d’intervention, par voie législative ou réglementaire, dans les rapports des ouvriers et des entrepreneurs, était en pleine floraison du