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inexact, c’est l’application qu’il fait aux différents pays des diverses influences qui, selon lui, agissent sur la productivité du travail humain. À titre de curiosité nous reproduisons le tableau suivant où l’Amérique est si bien traitée et la France si mal. Carey a donné à six pays, qu’il considère comme des types des degrés différents de la civilisation, des coefficients divers pour chacune des cinq causes qui, selon lui, déterminent la productivité du travail de l’ouvrier ; voici les résultats arbitraires auxquels il arrive ; il part du coefficient 100 qui est le plus élevé :


États-Unis. Angleterre. Hollande. France. Chine. Indes.
1° Sécurité des personnes et des propriétés 
100 100 45 50 20 10
2° Liberté personnelle 
100 70 65 40 0 0
3° Liberté du commerce 
80 50 60 30 0 0
4° Habileté industrielle 
90 80 100 55 100 50
5° Capital (y compris la terre en culture) 
90 100 45 50 15 15






460 400 315 225 135 75
Déduction pour impôts 
20 100 50 50 6 10






À la disposition réelle de l’ouvrier 
440 300 265 175 129 65


Ce tableau, quant aux chiffres qu’il contient, est absurde ; le cadre seul, si l’on y ajoutait les deux éléments que nous avons indiqués, c’est-à-dire l’organisation du travail et le mode perfectionné de rétribution, serait bon. Il faut avoir perdu le sens pour prétendre qu’il existe moitié moins de sécurité des personnes et des propriétés en France qu’aux États-Unis : il en est de même pour la liberté personnelle. C’est une folie aussi de considérer la Chine et les Indes comme ignorant absolument la liberté du commerce et la liberté individuelle.

Laissons de côté les exagérations ridicules de l’économiste américain, et tenons-nous-en à cette remarque générale que la civilisation développe chacun des cinq éléments qu’a reconnus Carey et chacun des deux éléments que nous y avons ajoutés. C’est incontestable pour la sécurité des personnes et des biens qui était si compromise il y a à peine un siècle