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Tel est le caractère presque universel et, à coup sûr, perpétuel du salaire ; en variant un peu, on le trouve au fond de presque toutes les conventions humaines : je serai payé suivant mon travail et mon mérite, non pas suivant la réussite de celui qui me commande ma tâche.

La dernière phrase que nous venons d’écrire nous permet de résoudre une grande question. Comment se fait-il, dit-on, que l’ensemble des salariés, puisque rien ne peut se faire sans eux, n’ait pas la conduite des entreprises ?

La cause en est que le travail manuel n’est qu’un des trois facteurs de l’entreprise il y en a deux autres, un qui est très apparent et un qu’on oublie souvent : le capital et la direction intellectuelle. Le capital, c’est l’ensemble des machines qui rendent le travail efficace et fécond ; c’est aussi l’ensemble des réserves qui permettent de vivre en attendant que le produit soit non seulement achevé, mais encore vendu.

On parle souvent de lutte entre le capital et le travail : ces mots appartiennent à la langue économique et politique courante, même à la langue vulgaire ; ces abstractions, cependant, donnent des idées complètement fausses. Ce n’est pas en réalité le capital, c’est-à-dire cette masse inerte de machines ou d’approvisionnements, qui conduit l’entreprise ; c’est lui, il est vrai, qui est-responsable de la bonne ou de la mauvaise direction, puisque l’une peut le détruire et que l’autre doit l’accroître mais il y a un autre élément trop oublié, c’est l’intelligence de l’entrepreneur, mens agitat molem. L’entrepreneur, le personnel dirigeant, peut fort bien ne posséder qu’une très-faible partie des capitaux engagés. C’est le cas de la plupart des sociétés anonymes, de la société du canal de Suez, par exemple, de la plupart des sociétés houillères et de métallurgie. Les entrepreneurs d’industrie qui ne possèdent pas toujours les capitaux, mais qui inspirent confiance aux capitalistes, se rencontrent plus particulièrement dans la classe moyenne, parce que cette classe a reçu le bénéfice d’une instruction plus com-

    arrive que ce chef s’alloue un traitement qu’il distingue de son bénéfice : c’est de bonne comptabilité.