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avec primes pour économie dans l’usage des matières premières ou du combustible ; le salaire avec gratification variable et arbitraire à la fin de l’année le salaire avec une gratification fixée à un tant pour cent du prix de vente ; le salaire mobile (sliding scale), suivant le prix des produits d’après les mercuriales, qui fait profiter l’ouvrier, d’une manière directe, de la prospérité de l’industrie, et qui, d’un autre côté, le fait aussi pâtir de ses souffrances. Ce procédé est aujourd’hui très-usité dans les charbonnages et les hauts-fourneaux d’Angleterre : nous l’avons bien des fois recommandé en France ; des douzaines d’articles dans le Journal des Débats ou dans l’Économiste français ont été par nous consacrés à la vulgarisation de ce mode ingénieux de rétribution. Des esprits bienveillants, philanthropes, mais qui ne sont pas habitués à une analyse rigoureuse, ont voulu réunir tous ces procédés variés sous le titre de Participation aux bénéfices ; c’est une erreur, l’étiquette est fausse. Tous les modes que nous venons d’énumérer n’ont nullement le caractère de la participation aux bénéfices : ce sont des modes perfectionnés du salaire. Le salaire progressif, le salaire mobile, le salaire avec une gradation d’après le prix de vente est toujours le salaire.

Il y a en outre, cependant, la véritable participation aux bénéfices, l’allocation qui est faite aux ouvriers en proportion stricte des profits commerciaux ou industriels qu’a constatés le plus récent inventaire ; c’est là aussi un bon régime, non pas d’une universelle application, mais qui peut s’étendre et gagner beaucoup de terrain. Cependant, nous le répétons, pour faire cesser les confusions d’idées, la participation aux bénéfices n’est pas le contraire du salaire, elle ne l’exclut pas, elle s’y ajoute, elle ne pourrait pas, dans 999 cas sur 1, 000, exister sans lui. En veut-on la preuve ? qu’on prenne l’ouvrier qui reçoit, dans l’établissement le plus favorisé, la participation aux bénéfices la plus forte, on trouvera que cette participation forme tout au plus un cinquième des émoluments de l’ouvrier et que les quatre autres cinquièmes viennent du salaire.

Il n’est donc pas exact que le salaire doive disparaître il se