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qui peut-être est en train de se ruiner. Le valet de chambre ou le cocher d’un Rothschild ne peut prétendre à beaucoup plus que le valet de chambre ou le cocher de tel prodigue qui s’achemine vers l’insolvabilité.

Le salaire rend le travailleur responsable de son propre travail et ne le rend pas dépendant du fait d’autrui, de l’intelligence, de l’esprit d’administration, de l’entente des affaires et du bonheur d’autrui. Le salaire est comme une assurance contre l’incapacité possible, la maladresse éventuelle de celui qui commande et dirige le travail.

Le salaire est un phénomène économique nécessaire qui tient au fond même de l’humanité, voilà ce que démontre une analyse exacte. C’est d’ailleurs un contrat singulièrement souple et perfectible que le salaire ; il se prête à une foule de modifications et d’améliorations de détail ; c’est une large base sur laquelle on peut édifier toutes sortes de combinaisons heureuses. On rencontre d’abord le salaire à la journée, au mois ou à l’année, avec la nourriture fournie par l’entrepreneur ou le patron c’est le type primitif. Puis vient, comme premier progrès, le salaire à la tâche pur et simple, qui semble le dernier mot de la justice ; mais ce n’est pas assez. On le modifie, on le perfectionne encore, et l’on a le salaire à la tâche avec prime pour surcroît de travail dans un temps donné ; une ouvrière tisseuse qui, dans sa quinzaine, a fait une pièce de toile en plus d’une quantité déterminée reçoit, outre le salaire ordinaire pour chaque pièce de toile, une prime de 2 francs ; si, au lieu d’une pièce de toile surérogatoire, elle en a fait deux, elle a droit alors, non seulement à deux primes de 2 francs, mais à une troisième prime supplémentaire de 1 franc[1]. C’est ce que nous avons appelé le salaire progressif.

Combien sont variés tous ces perfectionnements dont le salaire est susceptible, sans cesser d’être le salaire ? On ne peut les énumérer tous l’avenir, d’ailleurs, en verra d’autres se produire. En voici encore quelques-uns : le salaire à la tâche

  1. Voir notre ouvrage le travail des femmes au XIXe siècle, p. 72.