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utile des contrats. C’est le seul arrangement qui puisse être universel, s’appliquer à l’infinie variété des relations humaines. Voici un domestique, voici un barbier, comment faire avec eux une association ? Voici le manœuvre qui vient donner des soins à mon jardin d’agrément, qui un jour par semaine bêche mes plates-bandes et ratisse mes allées ; voici le portefaix qui charge ma malle sur son crochet ou sur ses épaules. Comment traiter avec eux si ce n’est au moyen du salaire ? Il en est de même pour les services immatériels c’est le salaire aussi, qualifié du nom plus pompeux d’honoraires, qui les récompense à leur juste prix. Le médecin, le professeur, le prêtre, quelle association puis-je faire avec eux ? Dois-je les payer suivant leur peine et leur mérite, ou bien leur rémunération doit-elle dépendre du profit incertain, contingent, qui résulterait d’une sorte d’association bizarre entre eux et moi ? Si l’élève est négligent, indocile ou qu’il ait de médiocres dispositions, le professeur doit-il être moins rétribué et se voir frustré du juste prix de sa peine ? Si le malade fait des imprudences, ne s’en tient pas au régime prescrit, ou simplement si la faiblesse de la constitution et les complications de la maladie sont telles que la science du médecin n’en puisse triompher, celui-ci doit-il être privé de tout émolument ? Qui consentirait alors à soigner des personnes d’une constitution délabrée et en grand danger de mort ? On les abandonnerait à la destinée, serait-ce un bien ? Qui voudrait instruire des esprits peu développés, médiocrement doués ? Le salaire intervient et rétablit l’équilibre. Celui qui donne sa peine, son temps, sa science, son art, reçoit la rémunération fixe et immédiate qui lui est due, sans que cette rémunération dépende d’un événement ultérieur, lointain et indépendant de la volonté du travailleur. Oui, tous ces hommes ont droit à un salaire, parce qu’ils rendent un service constant, identique, uniforme à tous leurs clients, et que la nature de ce service n’a qu’un rapport très-éloigné avec le degré de productivité du travail habituel de ce client. La cuisinière d’un banquier faisant de splendides affaires n’a pas droit à une rémunération plus forte que la cuisinière du banquier voisin