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dus et appliqués ; le sort de ces deux usines peut être fort différent, suivant l’habileté de la direction, l’ancienneté de la clientèle et bien d’autres circonstances encore. Cependant chacun de ces deux ouvriers fournit le même travail ; est-il juste que ces deux sommes égales de travail soient très-inégalement rémunérées, suivant la capacité du directeur de chacune des usines, ou suivant les circonstances multiples et diverses qui influent sur les profits ? S’il en était ainsi, les usines les plus prospères pourraient seules recruter des ouvriers : les autres n’en trouveraient pas ou du moins elles en trouveraient en rétablissant le salaire, si bien que le triomphe de la participation aux bénéfices et de l’association, qui auraient pour premier effet de supprimer le salaire, le ramènerait au bout de très peu de temps. L’ouvrier qui fournit une chose fixe, un travail de tant d’heures, doit avoir, pour rémunération principale, si ce n’est pour rémunération totale, une somme fixée d’avance, connue et proportionnelle au nombre d’heures ou, ce qui vaut mieux encore, à l’ouvrage fait. Sans quoi il n’y a pas de justice, les hommes ne sont plus récompensés suivant leurs efforts propres, selon leur mérite personnel, mais selon l’habileté de ceux qui les emploient. Or, cette somme fixée d’avance, connue, c’est le salaire : un traité à forfait, une vente de travail qui fait bénéficier immédiatement l’ouvrier du prix de son produit, quel que soit l’usage bon ou mauvais, habile ou maladroit, fécond ou stérile qui sera fait postérieurement de ce produit.

Supprimer le salaire, le remplacer par l’association, c’est une tentative du même genre que celle qui voudrait substituer à l’intérêt fixe du capital dans les prêts et les créances une participation du prêteur dans les affaires de l’emprunteur. Le. salaire est une association a forfait absolument analogue à l’intérêt du capital, car nous avons démontré que l’intérêt du capital est une association à forfait[1].

Il est ainsi prouvé que le salaire est le plus naturel et le plus

  1. Voir plus haut pages 234 et suivantes.