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C’est un point de vue étroit, c’est une préoccupation toute matérialiste que de considérer seulement le taux du salaire ; d’autres questions sont tout aussi dignes d’intérêt, peut-être même méritent plus d’attention : le développement des loisirs de l’ouvrier, l’assurance contre les risques de tout genre et principalement contre la gêne de la vieillesse. Il y a même encore un sixième point ; le voici :

6° La facilité pour l’ouvrier de s’élever au-dessus de sa condition, de devenir patron ou contre-maître peut s’accroître ou se restreindre. Le préjugé public est que l’avancement des ouvriers est moins aisé aujourd’hui qu’autrefois ; c’est une opinion préconçue et superficielle qui, nous l’avons déjà démontré, ne résiste guère à un attentif examen. Les cadres bureaucratiques de l’industrie et du commerce modernes admettent fort bien l’avancement, et il s’y rencontre en grand nombre des soldats de fortune.

Avant d’examiner chacun des divers points que nous venons d’énumérer, il convient de rechercher en quoi consiste actuellement la rémunération de l’ouvrier, sur quel principe repose le contrat qui régit aujourd’hui les rapports du travailleur manuel et de l’entrepreneur d’industrie.

Le mode de rétribution du travail est ce que l’on appelle le salaire, mot entouré jadis de l’universel respect et qui depuis un certain nombre d’années est attaqué avec violence, presque décrié. Ce que nous avons fait pour la propriété foncière et pour l’intérêt du capital, faisons-le maintenant pour le salaire. Soumettons ce fait à une analyse attentive ; recherchons-en les caractères distinctifs et les causes.

Le salaire est-il un arrangement artificiel, le produit passager de certaines conventions sociales, un mode contingent, fugitif, devant faire place à d’autres et totalement disparaître ? Le salariat est-il une organisation du travail d’ordre contingent, comme jadis l’esclavage ou le servage ? Peut-on concevoir que, lui aussi, n’ait qu’un temps ? Présente-t-il, au contraire, des caractères qui lui assurent, non pas une application universelle, exclusive et absolue dans tous les temps et dans toutes les