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attirent dans leur sein les hommes les plus intelligents et les plus persévérants.

Un travail d’égalisation s’effectue ainsi avec une grande énergie dans le sein des administrations publiques. Les gros traitements s’abaissent ou disparaissent ; les petits s’élèvent ; les rangs se rapprochent. Dans les divers projets qui se sont produits sur la réorganisation de la magistrature en France, on fait une beaucoup moindre différence qu’autrefois entre le traitement du juge supérieur et celui du juge inférieur. Le simple juge a presque autant que le conseiller de cour, et le président ne reçoit guère plus que chacun de ses assesseurs. Cette tendance à une moins grande inégalité de rémunération dans les services publics est aujourd’hui très-sensible chez tous les peuples. Il semble que l’on veuille se conformer à la maxime que les hommes doivent être payés, non pas selon leur mérite ou leurs services, mais selon leurs besoins. Il est vrai de dire que l’État, s’il se maintient dans les attributions qu’il a jusqu’ici exercées, peut très-bien se passer d’hommes d’une capacité supérieure, du moins en temps de calme et de paix n’inventant pas, innovant peu, guidé par la tradition et par une sorte de routine, il peut accomplir convenablement sa tâche avec des agents de qualité moyenne, sans grand ressort, sans remarquable initiative ces mérites deviennent de plus en plus communs au fur et à mesure que l’instruction se répand.

La littérature classique et l’Écriture nous parlent souvent des grands de la terre. Nous cherchons ces grands de la terre, et nous n’arrivons pas à les trouver, au moins dans les fonctions publiques de nos États démocratiques. Nous rencontrons bien d’opulents banquiers, de riches manufacturiers ou commerçants, des hommes d’État qui exercent sur leurs concitoyens un ascendant contesté, précaire, toujours prêt à s’évanouir. Nous ne découvrons pas parmi nous les grands de la terre, tels que nous les dépeignent les écrivains des autres âges : des hommes entourés d’autorité, d’éclat, de puissance, de richesse, réunissant au pouvoir l’opulence, ne dépendant pas de la foule et par conséquent plus ou moins de chacun, ces hommes--