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dit mobilier, fait oublier les centaines de petites sociétés au capital de quelques millions qui sont nées avec des primes énormes et sont mortes au bout de quelques années vers le milieu du règne de Louis-Philippe. Les petits naufrages font par leur multiplicité inaperçue beaucoup plus de victimes que les grands ; il disparaît plus de marins sur des barques de pêche que de passagers et d’hommes d’équipage sur des paquebots. On ne garde cependant le souvenir que de ces derniers sinistres, ils sont les seuls auxquels on attache de l’importance.

Avec le règne de Louis-Philippe la Société en commandite a pour ainsi dire disparu ; sous l’empire elle est reléguée au second plan. Dans la première partie de ce règne, il n’y a pas de place pour les petites sociétés, tellement les grandes sont actives et telle est la faveur dont elles jouissent. Dans la deuxième partie, la loi de 1867 laisse le champ complètement libre aux sociétés anonymes qu’elle a émancipées et auxquelles elle a donné une indépendance presque déréglée.

Quelques années après la guerre de 1870-71 les grandes entreprises étant presque épuisées, le taux de l’intérêt ayant de nouveau fléchi par l’impossibilité de découvrir des emplois rémunérateurs, on s’est retrouvé dans une situation analogue à celle du milieu du règne de Louis-Philippe. Les sociétés diverses, à partir de 1875 et de 1876, se mettent à foisonner des agences d’émission, officines ostensibles d’escroquerie, s’appuyant sur une presse financière éhontée et à vil prix, sur les petits journaux quotidiens à un sou et même sur de plus importants, cherchent à écumer les épargnes du public, principalement des petites gens. Il s’engloutit dans toutes ces entreprises minuscules beaucoup plus d’économies qu’il ne s’en est perdu dans les emprunts étrangers et dans les grandes sociétés mal conduites de même qu’une quantité illimitée de petites fuites toujours ouvertes vident plus rapidement un bassin qu’une grande qui ne s’ouvre que de temps à autre.

L’anonymat prend ainsi une place de plus en plus prédominante dans l’industrie et dans le commerce. Quels sont, au point de vue de la distribution des richesses, les mérites et les