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plus d’avantages que d’inconvénients. Elle est d’abord respectable parce qu’elle est un effet de la liberté individuelle. Elle épargne le temps de l’acheteur en lui faisant rencontrer dans le même édifice mille objets différents, tout achevés, qu’il eût dû autrement chercher dans vingt boutiques et souvent commander d’avance. Elle fournit, d’ordinaire, à meilleur compte de meilleures marchandises. Dans une grande ville la responsabilité d’un grand magasin est beaucoup plus sérieuse que celle d’un petit. Celui-ci, qui vit souvent sur une clientèle de passage et variable, peut tromper l’acheteur sans en éprouver de préjudice durable ; le premier détruirait rapidement sa réputation s’il n’était pas loyal. L’écart entre le prix de fabrication et le prix de vente au détail diminue singulièrement dans ces vastes maisons ; il n’est plus que de 7 ou 8, au maximum de 10 ou 13 p. 100, tandis qu’ailleurs il s’élève souvent à 50 p. 100 ou même à plus encore. Ainsi le consommateur trouve à la fois dans ces établissements plus de commodité, plus de sécurité et de plus bas prix ; il lui reste, par conséquent, une économie, c’est-à-dire une somme disponible, soit pour de nouveaux achats qui encouragent et développent la production, soit pour l’épargne qui augmente le capital national.

Ce que doivent souhaiter les esprits éclairés, c’est que le système des grands magasins prenne plus d’extension, c’est surtout qu’il s’applique au commerce alimentaire. Le prix du pain et le prix de la viande qui sont si élevés relativement au prix du blé et au prix du bétail diminueraient, au grand avantage des consommateurs et aussi des producteurs, s’il s’opérait une concentration du commerce de la boulangerie et de la boucherie. Il existe bien à Paris une grande société qui rend d’importants services à la classe des employés, c’est celle des bouillons Duval ; mais les boulangeries et les boucheries en grand, coopératives ou non, sont encore à venir ; il est impossible qu’elles tardent longtemps à paraître. Beaucoup de professions individuelles disparaissent chaque jour et passent à l’état d’entreprises collectives : la profession de porteur d’eau par exemple ; celle d’hôtelier, au moins dans les capitales et