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trie est devenue une sorte d’armée où l’avancement se fait toujours au choix, et où ceux qui sont chargés de faire ce choix ont d’ordinaire un intérêt personnel à ne pas se tromper. Aussi n’est-il pas rare de voir parvenir aux positions les plus élevées des hommes partis de fort bas. Pour ne parler que de nos grands établissements métallurgiques, plusieurs portent le nom d’hommes qui étaient de simples ouvriers, Pétin et Gaudet, Cail, par exemple. La possibilité de s’élever, même très-haut, n’est donc pas moindre aujourd’hui qu’autrefois ; seulement les différentes causes que nous avons énumérées rendent beaucoup moins rapides les grandes fortunes.

Les industriels et les commerçants doivent en prendre leur parti : leurs bénéfices ont une tendance à diminuer. La baisse du taux de l’intérêt entraîne à la longue une baisse des profits. La concurrence, non seulement des capitaux, mais des hommes suffisamment instruits, propres aux professions commerciales ou industrielles et en ayant le goût, réduit peu à peu la rémunération qu’elles procurent. La part du hasard se restreint aussi en général ; les principales industries deviennent de plus en plus connues et ne laissent guère place à des opérations exceptionnellement fructueuses. Le commerce et l’industrie continueront de mener à l’aisance ceux qui s’y livrent avec sagacité et persévérance, mais ils les conduiront dé moins en moins à la très-grande opulence, sauf le cas d’invention extraordinaire ou de produit jouissant d’une vogue générale.