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victime non seulement du progrès, mais aussi de toutes sortes d’arrangements administratifs qui sont complètement étrangers au progrès.

Nous ne cherchons pas actuellement le remède à ces maux, nous signalons ces causes artificielles d’inégalité. Il est difficile, sans doute, de les complètement extirper. Les grands patrons eux-mêmes finissent par avoir le sort de leurs anciens et humbles concurrents ; ils sont remplacés chaque jour davantage par les sociétés anonymes. Un fait qui frappe les yeux et dont la plupart des gens ne se rendent pas compte, tellement l’habitude aveugle, c’est la constitution de plus en plus bureaucratique de la société moderne. La bureaucratie envahit tout le domaine de l’activité humaine, non seulement la bureaucratie de l’État ou des villes, mais celle des grandes sociétés. On n’entend parler que de gens qui se rendent à leur bureau et qui font partie d’un engrenage, d’une armée d’employés. C’est peut-être d’ailleurs plus encore la moyenne industrie que la petite qui souffre de cette situation. La très-petite industrie trouve encore son emploi pour les réparations, dont l’importance s’accroît outre mesure et qui souvent ne peuvent se faire que sur place s’il est, d’ailleurs, des métiers qui disparaissent, il en est de nouveaux qui surgissent et qui occupent de nombreuses recrues. La classe moyenne, menacée, atteinte par la baisse du taux de l’intérêt, trouve difficilement à se maintenir à la tête d’industries indépendantes elle se réfugie dans la bureaucratie. Il n’en résulte pas un accroissement de l’inégalité des fortunes, car les gains des sociétés anonymes et ceux des grandes maisons sont plus réduits qu’autrefois, non seulement par la concurrence existante et effective, mais par l’effet préventif qu’exerce la simple possibilité d’une concurrence nouvelle que rendra très-facile l’abondance des capitaux et le grand nombre des hommes ayant reçu de l’instruction technique[1].

  1. On a vu en 1879 et 1880, combien peut être soudaine et énergique cette concurrence. La création simultanée d’une foule de sociétés d’assurances nouvelles a rendu moins lucratif le trafic des anciennes compagnies de ce genre et les a forcées à réduire les primes ou à prendre des arrangements plus