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bras. Les gens qui se croient capables, et qui en réalité le sont, de conduire convenablement une entreprise deviennent nombreux comme les étoiles du ciel. L’instruction qui produit de grands biens amène, au premier moment, un encombrement ou un déclassement : les individus qui l’ont reçue continuent, suivant la vieille tradition, à la regarder comme un privilège qui leur donne le droit d’abandonner les métiers manuels. Proudhon dans ses Contradictions économiques a signalé avec son habituelle âpreté ces premiers effets, en quelque sorte perturbateurs, du développement de la haute instruction. Il ne suffit pas de multiplier les « capacités », il faudrait encore pouvoir multiplier les emplois qu’elles trouveront ; or, le premier point dépend de l’homme ; le second, seulement de la nature. À défaut de cette multiplication des emplois ou à défaut de la résignation qui portera les hommes instruits à se contenter de tâches inférieures, jusque-là remplies par les ignorants, toutes ces « capacités » se précipitent à l’envi dans les professions industrielles et commerciales et, par leur effrénée concurrence, elles en réduisent les profits.

Il n’en résulte pas, cependant, que les risques de l’industrie et du commerce soient aujourd’hui plus grand ? que jadis ; on peut assurer que, pour les personnes entendues et prudentes, ils sont moindres le champ de l’aléa s’est réduit. La justice civile et criminelle est devenue plus parfaite ; les transactions soit à l’intérieur soit au dehors jouissent d’une sécurité plus grande le crédit est plus facile, il se resserre moins dans les temps de crise, et les paniques n’ont ni la même fréquence, ni la même intensité que dans le temps passé. Pour les hommes froids, prudents et dont l’ambition est circonspecte, les carrières commerciales et industrielles présentent à la fois moins de chances de ruine et moins de chances de gains considérables qu’il y a un demi-siècle. Les entreprises d’industrie ou de négoce sont devenues beaucoup plus connues chacun se rend mieux compte des conditions où elles s’exercent ; l’écart des prix et les fluctuations des prix soit d’une place à l’autre, soit d’un jour à l’autre, diminuent. Le télégraphe signale en quelques