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d’autres professions qu’elle peut exercer sous sa responsabilité propre, sans tomber au rang de salarié ou d’employé.

La classe des industriels et des commerçants prélève une très forte part du revenu national. Dans les statistiques de l’income-tax en Angleterre elle figurait pour près de 4 milliards et demi de francs en 1867 et pour plus de 6 milliards et demi en 1875[1] ; c’était environ la moitié de la totalité des revenus imposés dans le pays l’on sait que les revenus au-dessus de 2,300 francs étaient seuls alors soumis à cet impôt. Il est vrai que ce chiffre énorme de 6 milliards et demi de francs de revenu s’applique non seulement aux industriels et aux commerçants ordinaires, mais encore à toutes les grandes compagnies de fabrication, de transports, de banque ou de négoce ; il est vrai aussi que ce même chiffre renferme non seulement les profits du capital à proprement parler, mais l’intérêt des sommes empruntées ou des sommes possédées par les négociants et les fabricants. Si l’on déduisait cet intérêt, il est probable que les profits nets de l’industrie et du commerce représenteraient une somme moitié moindre, soit le huitième ou le dixième de l’ensemble du revenu de la nation britannique.

Comment la classe des entrepreneurs est-elle affectée par la civilisation attire-t-elle à elle une partie de plus en plus forte du revenu social, ou, au contraire, une fraction de plus en plus faible ; ses services sont-ils plus chèrement payés ou moins payés qu’autrefois ? Pour résoudre cette question, nous la décomposerons en plusieurs termes, considérant d’abord en bloc la classe des entrepreneurs, c’est-à-dire l’ensemble des industriels et des commerçants, comme une seule unité, puis divisant cette classe en différentes catégories et examinant la situation réciproque de chacune d’elles.

C’est une observation devenue banale que le mouvement

  1. En 1877, par suite de la crise commerciale, l’ensemble des revenus imposés à la cédule D n’atteignait que 3 milliards 270 millions de francs pour la Grande-Bretagne proprement dite, et 139 millions pour l’Irlande, soit un peu moins de 3 milliards et demi pour tout le Royaume-Uni. On se souvient que l’année 1874-75 s’était signalée par une grande prospérité, et l’année 1876-77 par une forte dépression.