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épargnes en prêts individuels ; cette coutume a presque disparu. La société anonyme la moins connue paraît un emprunteur plus engageant que le voisin le plus solvable.

Il est regrettable que les lois sur l’usure aggravent une situation qui a déjà des inconvénients. Le prêt à la petite semaine, si décrié, n’est pas lui-même toujours condamnable c’est la providence des petits entrepreneurs beaucoup qui se sont élevés haut dans la société n’ont pas eu d’autre appui à leurs débuts. Turgot raconte que de son temps, à la halle, des usuriers prêtaient aux marchands de légumes 3 livres moyennant un intérêt de 2 sous par semaine, soit 173 p. 100 par an. D’après un écrivain anglais, Colquhoun, les vendeuses de fruits à Londres ne trouvaient crédit encore qu’à un taux bien plus exorbitant. Elles empruntaient 5 shellings ou 6 fr. 25 pour une journée en payant un demi-shelling d’intérêt, soit 62 centimes et demi, ce qui équivalait à 7, 000 p. 100 par an. Il y a non seulement un excès d’austérité, mais quelque sottise à être trop sévère pour ces prêts infimes le service rendu est considérable, le risque couru ne l’est pas moins, le travail de surveillance ou de recouvrement est fort grand le métier de prêteur dans ces conditions est une profession absorbante. Rien n’est d’ailleurs plus aisé pour l’emprunteur que de s’affranchir de la redevance qu’il paie. Le moindre esprit d’économie le met en état, au bout de quelques jours, de posséder le petit capital dont il a besoin. Ces petits prêts permettent à beaucoup d’hommes actifs de sortir de la classe des salariés c’est bêtise et inhumanité que d’y apporter des obstacles. Une des absurdités des lois sur le taux de l’intérêt, c’est la distinction que l’on fait entre les prêts commerciaux et les prêts civils. On permet un intérêt plus élevé pour les premiers que pour les derniers. Quelle en est la raison ? Les risques des prêts civils sont souvent plus grands que ceux des prêts commerciaux.

S’il est une vérité prouvée, c’est que la liberté du prêt à intérêt relèverait la catégorie des prêteurs elle étendrait l’offre des capitaux pour les petites gens ; elle ne flétrirait pas et ne