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taux par l’épargne, mais plus encore à la moindre productivité des nouveaux capitaux dans les vieilles contrées. Considérons maintenant quelle est et quelle sera l’influence de la baisse du taux de l’intérêt sur la répartition des fortunes.

Le premier effet de cette baisse, c’est de rendre beaucoup plus difficile la formation de fortunes nouvelles. Un autre effet simultané, c’est d’augmenter, d’enfler (ce mot est peut-être plus juste) de capital de toutes les personnes qui ont leur fortune immobilisée en terres, en maisons, en terrains ou même placée en titres de valeurs mobilières à longue échéance. Ainsi la conséquence immédiate de la baisse du taux de l’intérêt, c’est d’accroître l’inégalité entre les différentes classes de la société. Cela n’est pas contestable. Ceux qui ont acquis leur fortune pendant la période de la hausse de l’intérêt peuvent être difficilement atteints par ceux qui ont à faire leur fortune pendant la période de la baisse.

La baisse du taux de l’intérêt, dans la période où elle s’accomplit, profite d’une manière particulière aux banquiers et aux capitalistes entreprenants des grandes villes, à tous ceux qui reçoivent des fonds en dépôt et qui achètent des valeurs avec l’argent d’autrui. Cette baisse a un effet analogue à l’augmentation du numéraire ou du papier-monnaie dans les pays qui sont affligés de ce fléau. Il existait aux États-Unis, dans ces dernières années ; avant la reprise dès-paiements en espèces, certaines catégories-de personnes que l’on appelait du nom d’inflationists et qui réclamaient sans cesse une multiplication des signes de l’échange, des billets à cours forcé. Le changement de capitalisation dans le sens de la baisse de l’intérêt a des effets analogues à ceux que désiraient les inflationists américains ; il enrichit prodigieusement les sociétés de crédit, les banquiers, et par conséquent profite aux grandes villes, aux capitales où résident toutes ces personnes, aux industries de luxe, aux constructions, etc.

Un autre effet immédiat encore de la baisse du taux de l’intérêt, c’est que pendant la période du changement de capitalisation, les capitalistes oisifs ayant des titres à longue échéance