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CHAPITRE IX

DES CONSÉQUENCES DE LA BAISSE DU TAUX DE L’INTÉRÊT PAR RAPPORT À L’INÉGALITÉ DES CONDITIONS.


La tendance à la baisse du taux de l’intérêt domine dans les civilisations progressives. — Est-ce un bien ? — doctrine de Turgot. — Est-ce un mal ? — doctrine d’Adam Smith et de Mac-Culloch. — Doctrine intermédiaire de Stuart Mill sur l’état stationnaire.

L’image de Turgot : en quoi elle est inexacte. — Il ne tient pas compte de la principale cause de la baisse du taux de l’intérêt, à savoir la diminution de productivité des nouveaux capitaux au delà d’une certaine limite. — Probabilité que le taux de l’intérêt tombera à 1 et demi p. 100 pour les placements à long terme de première sécurité.

Description de l’état stationnaire par Stuart Mill. — Les vieilles nations s’en rapprochent. — Le premier effet de la baisse du taux de l’intérêt est d’augmenter l’inégalité des fortunes.

La baisse, pendant la période du changement de capitalisation, profite particulièrement aux sociétés de crédit, aux banquiers, aux grandes villes pendant cette période les capitalistes et les banquiers gagnent plus, sans rien faire, que les commerçants habiles.

Les effets que l’on vient de relater sont passagers. — Émiettement des anciennes grandes fortunes par les successions. — Impossibilité de créer de grandes fortunes nouvelles. — Difficulté même de faire des fortunes moyennes pendant la baisse du taux de l’intérêt. — Inconvénients de cette baisse pour les pensions de retraite, les assurances sur la vie, les rentes viagères.

La baisse du taux de l’intérêt et l’état stationnaire amènent-ils une plus grande modération dans les désirs des hommes ?

Influence de la baisse du taux de l’intérêt sur les prix. — Influence de cette baisse sur les relations des particuliers avec l’état. — La baisse du taux de l’intérêt porte l’État et les municipalités au gaspillage. — Le public devient beaucoup plus exigeant envers l’État, lui demande de bons placements et le pousse à étendre ses entreprises.

La baisse du taux de l’intérêt est favorable aux faiseurs de projets. — La baisse du taux de l’intérêt n’est pas un bien sans mélange.

Cette baisse diminue l’épargne dans les classes supérieures, elle l’augmente dans les classes inférieures. — Perfectionnement de l’art d’épargner. — Très faible intérêt dont se contentent les classes laborieuses qui économisent.

La baisse du taux de l’intérêt équivaut à une dépossession graduelle des avantages dont jouissait la classe des capitalistes et des rentiers. Les conversions de dettes publiques.

Avilissement des capitaux et renchérissement du travail.

De l’émigration des capitaux et de son utilité.

On a établi dans le chapitre qui précède que trois causes tendent à déprimer le taux de l’intérêt, à savoir : l’accroisse-