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sociétés civilisées le sort de l’intérêt de l’argent, des variations qu’il a subies et des causes de ses oscillations, de chercher si de cet examen on peut dégager une tendance générale.

Il est assez habituel de dire que le taux de l’intérêt est fixé par l’offre et la demande. C’est là une vérité tellement claire qu’elle est du nombre de celles que les Anglais appellent des truisms. La loi de l’offre et de la demande est, cependant, une loi tellement générale, tellement vague, apportant à l’esprit si peu de données précises qu’en réalité elle n’explique rien. Elle a le défaut de laisser dans la plus complète obscurité les points les plus importants c’est ainsi qu’il est désirable de savoir lequel de ces deux termes varie, de l’offre et de la demande. Les capitaux obtenaient un intérêt plus considérable au moyen âge qu’à l’époque actuelle, était-ce parce que la demande en était alors plus active qu’aujourd’hui, ou parce que l’offre en était plus réduite ? Il faudrait savoir ce qui, dans les différentes situations économiques, détermine tant l’offre que la demande des capitaux. Deux faits nous paraissent les déterminer : c’est la productivité même des capitaux et le degré de sécurité dont ils jouissent.

Les capitaux ne sont pas également productifs dans toutes les sociétés et dans tous les âges d’une même société. Ainsi dans une société naissante, dans une colonie, un pays neuf, quand tout encore est à créer, les capitaux, indépendamment de toute offre et de toute demande, sont infiniment plus productifs que dans une vieille société où la plupart des œuvres d’une utilité de premier ordre sont achevées. De même encore dans certaines périodes de la vie sociale, alors qu’on vient de faire et qu’on applique une grande découverte transformant les moyens de production et de communication, les capitaux sont infiniment plus productifs qu’ils n’étaient avant cette découverte et qu’ils ne le seront quelques années après. Dire que c’est l’offre et la demande qui fixent le taux de l’intérêt, c’est émettre une proposition vraie, mais d’une vérité qui ne dit rien à l’esprit. Dire que le taux de l’intérêt dépend de la productivité moyenne des nouveaux capitaux créés dans le pays ou survenant dans