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des capitalistes sont influencées par deux causes principales : le taux de l’intérêt, et le mouvement des prix. Capitalistes ou rentiers, en effet, vivent de l’intérêt, économisent sur l’intérêt, augmentent leur fortune par des prélèvements sur l’intérêt. Parfois, ils peuvent aussi élever leur situation par des spéculations heureuses, mais c’est un bonheur rare et qui n’échoit qu’à peu de gens. Une spéculation heureuse c’est le gain du petit nombre sur le grand nombre, c’est l’avantage d’un esprit avisé, sagace, expérimenté, actif, sur l’esprit engourdi, indifférent, négligent ou ignorant, de la foule. Si quelques capitalistes peuvent grandir par la spéculation, la masse des capitalistes et des rentiers vit ou s’élève par l’intérêt des capitaux.

Rentiers ou capitalistes, en outre, ne reçoivent directement en partage et ne produisent, d’ailleurs, aucune marchandise spéciale, déterminée, d’une consommation immédiate, comme la viande, par exemple, le pain, les vêtements, le charbon, le bois, etc. Ils ne produisent et ils ne reçoivent directement en partage que cette marchandise générale, universelle, que l’on appelle par des noms vagues, argent ou capital, et qui donne droit à un certain nombre des autres produits réellement consommables, d’après le cours de ces derniers produits relativement à cette marchandise générale. Le sort des rentiers et des capitalistes est donc affecté par tous les changements qui peuvent arriver dans le rapport de valeur entre toutes les marchandises spéciales, déterminées, consommables, directement utiles ou agréables, et la marchandise générale, indéterminée, qui s’appelle l’argent, la monnaie, donnant droit à tout, mais dans une proportion variable.

La situation des capitalistes et des rentiers, situation absolue et situation relative dans la société, dépend donc de deux causes le taux de l’intérêt et le mouvement des prix des denrées et du travail humain. C’est une croyance assez générale que le taux de l’intérêt a une tendance à baisser toujours ; aussi certains économistes en concluent-ils que nous marchons, que nos arrière-neveux arriveront à l’état stationnaire, et Stuart Mill fait de cet état une peinture riante, non sans quelques om-