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Chacun sait l’importance qu’a prise depuis un demi-siècle ce que l’on appelle la richesse mobilière, c’est-à-dire l’ensemble de valeurs qui sont l’objet de transactions et d’échanges dans des marchés réguliers que l’on appelle bourses ou sur un marché irrégulier que l’on nomme la banque. Le mot de richesse mobilière pourrait susciter bien des observations ; il éveille, en effet, l’idée de capitaux circulants, disponibles, comme des sommes d’argent, des effets de commerce renouvelables, des approvisionnements de marchandises, des « choses fongibles ». Or, il n’en est rien : la plus grande partie de la richesse dite mobilière n’est que de la richesse immobilière représentée par des titres que l’on peut plus ou moins facilement acheter ou vendre. Il en est ainsi notamment pour les mines, pour les propriétés rurales ou urbaines, qui sont possédées par des sociétés anonymes. Tous ces biens sont des immeubles, c’est incontestable mais on a créé, pour en rendre le transfert plus facile, des titres appelés actions.

Ne nous arrêtons pas plus longtemps à ces préliminaires, ce serait superflu pour notre sujet. Ce que nous voulons rechercher dans ce chapitre, c’est la manière dont le développement de la civilisation affecte et modifie la situation des capitalistes et des rentiers, des personnes qui vivent du revenu d’une épargne antérieure ou qui cherchent à se faire une fortune par les produits accumulés des capitaux qu’elles ont déjà. La plus grande partie de la classe moyenne, robur nationum, est aujourd’hui dans ce cas. Gagne-t-elle en étendue d’abord, c’est-à-dire fait-elle des recrues de plus en plus nombreuses dépassant largement les pertes qu’elle subit ? Gagne-t-elle ensuite en indépendance, c’est-à-dire maintient-elle et accroît-elle sans trop d’efforts sa position, soit absolue, soit relative dans la société ?

Cette question est grave : la situation des rentiers et celle