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titutions, ils n’aboutissent qu’à augmenter la population nomade et le vagabondage. La charité légale, quand elle devient systématique et qu’elle reconnaît à l’assisté un droit, crée autour d’elle dans la classe laborieuse l’imprévoyance et la misère, l’indifférence dans la classe riche.

Pour résumer les observations que nous suggère l’examen de la propriété immobilière urbaine nous dirons que le développement presque ininterrompu de la valeur de cette propriété et la hausse des loyers qui en est l’origine tiennent beaucoup plus à certaines circonstances économiques, sociales, fiscales, d’un caractère passager qu’à des causes permanentes. L’accroissement des grandes villes ne peut continuer avec la rapidité et l’intensité qu’on a constatées dans la dernière période de 40 ou 50 ans. Le développement des voies de communication urbaines et suburbaines, la suppression de tous les impôts sur les transports, sur les fourrages, sur les matériaux, la prolongation des chemins de fer dans la capitale, permettraient à la population ouvrière d’habiter des maisons confortables dans un rayon de deux ou trois lieues du centre de Paris le terrain n’y valant guère plus d’un ou deux francs le mètre, ou bien encore au maximum 4 ou 5 francs le mètre, l’établissement de maisons ouvrières, sur le type de celles de Mulhouse ou des habitations d’artisans dans les principales villes d’Amérique, serait aisé[1]. La baisse de l’intérêt du capital, la suppression ou la réduction à un taux insignifiant des droits de mutation, les prêts d’institutions de Crédit foncier populaires auxquelles serait réservé l’avantage de pouvoir émettre des emprunts à lots, faciliteraient à l’ouvrier l’acquisition et le paiement de ces demeures confortables, salubres et gaies. D’autre part, la diminution des goûts de sociabilité exagérée, le développement, qui est très sensible depuis quelques années, de la vie de famille, induiront de plus en plus toutes les classes de la population urbaine à se répandre dans la périphérie des grandes villes et

  1. Déjà, il s’est fondé à Paris une Société des habitations économiques, et, à côté d’elle, une autre société plus locale, la Société de Passy-Auteuil pour la construction de maisons ouvrières.