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bien qu’auparavant ? Toute cette augmentation du loyer est-elle simplement un bénéfice net pour le propriétaire, ou représente-t-elle le prix d’une habitation plus confortable, plus spacieuse, mieux aménagée et plus saine ? Il est difficile de trancher cette question par une réponse catégorique et absolue. Il est presque certain que, dans la plupart des cas, cette hausse du taux du loyer correspond en partie, mais pour la moindre partie, à une amélioration du logement, et pour la plus grande partie simplement à une augmentation des bénéfices des propriétaires, augmentation qui résulte de la supériorité croissante de la demande sur l’offre des logements[1].

Ce qui est incontestable, c’est que la proportion de la dépense du loyer au revenu s’est accrue depuis plusieurs siècles et notamment depuis cinquante ans. Madame de Maintenon, en dressant le budget de son frère, le comte d’Aubigné, qui faisait une dépense de 12,000 livres de rente, inscrivait 1,000 livres pour le loyer d’un hôtel près du Louvre c’était le douzième du revenu ou du moins de la dépense. C’était un axiome de la sagesse de nos pères que le loyer ne doit pas dépasser le dixième du revenu. D’après un tarif établi par le législateur de la Révolution pour l’évaluation du revenu d’après le loyer, un loyer de 100 francs indiquait un revenu double ; de 501 à 1,000 francs, un revenu quadruple ; au-dessus de 12,000 francs de loyer, le revenu était censé douze fois plus considérable. La proportion moyenne du loyer au revenu pouvait être du neuvième.

Aujourd’hui toutes les classes de la population à l’exception des personnes que leurs goûts ou que leur avarice portent à se distinguer mettent à leur appartement une proportion notablement plus forte. D’après le docteur Engel, le savant directeur du Bureau de statistique de Berlin, les frais de logement seraient du huitième au dix-huitième du revenu à Londres, du quart au cinquième à Berlin, du tiers à Vienne, de plus du

  1. Cette augmentation de la demande des logements a pour effet, dans les quartiers qui ne sont pas complètement construits, de faire considérablement hausser les terrains ; elle contribue aussi à la hausse des matériaux et des salaires des ouvriers en bâtiment.