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proportions actuelles de la grande, de la moyenne et de la petite propriété rurale. Nous ne croyons pas être fort éloigné de la vérité en admettant que la moitié environ des revenus nets du sol revient à la petite propriété, celle dont le revenu net réel ne dépasse pas 1,000 francs ; qu’un quart échoit à la propriété moyenne, celle qui jouit d’un revenu net réel de 1,000 à 3,000 francs, et que c’est tout au plus le dernier quart qui appartient à ce que l’on appelle pompeusement la grande propriété, c’est-à-dire celle qui fournit plus de 3,000 francs de revenu net. Encore cette grande propriété, surtout dans ses sommets, va-t-elle en s’échancrant chaque jour.

En Belgique comme en France le nombre des cotes foncières augmente sans cesse mais il ne faut pas en tirer de conclusion trop absolue plusieurs cotes répondent à un seul propriétaire. C’est ainsi que le nombre des cotes en Belgique était en 1876 de 1,131,000, soit supérieur au nombre des ménages qui n’était que de 1,038,898[1].

À la petite propriété certaines personnes opposent la propriété-sociétaire qui leur paraît offrir tous les avantages de la première et en éviter tous les inconvénients. Cette propriété sociétaire peut être de deux sortes soit la propriété de famille qui par indivis appartient au père, aux enfants, quelquefois aux frères et neveux c’est un restant du moyen âge c’est presque, cela deviendrait à la longue la propriété du clan ou délayer. C’est ce type que vante M. Le Play dans plusieurs de ses ouvrages ; un livre de ce publiciste est consacré à la description d’une famille des environs de Cauterets qui avait ainsi conservé depuis plusieurs générations une propriété commune. Dans les pays primitifs, dans les Balkans, par exemple, et dans plusieurs autres pays de montagnes on retrouve ces communautés de familles. Il ne nous paraît pas qu’il y ait de grands avantages à revenir à cet ancien modèle ; on ne le pourrait faire sans lutter contre les tendances générales de notre civili-

  1. Quant au nombre des parcelles cadastrales, il était en 1876, en Belgique, de 6,447,237, il avait augmenté considérablement depuis 1845 où il n’était que de 5,720,976 (L’Agriculture belge en 1878, page LXVII).