Page:Leroy-Beaulieu, Essai sur la répartition des richesses, 1881.djvu/183

Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.


venu net réel. Le revenu de la propriété foncière urbaine est compris dans ces catégories or, l’on sait que la propriété urbaine est infiniment plus concentrée que la propriété rurale ; il en résulte que, en ce qui concerne cette dernière, les proportions sont beaucoup plus favorables encore à la petite et à la moyenne propriété. On ne comptait en Belgique que 3,500 propriétaires ayant plus de 5, 000 francs de revenu net cadastral ou de 10,000 francs de revenu net réel[1].

Si l’on voulait résumer la situation de la propriété foncière rurale en Belgique on pourrait dire que le dixième peut-être du revenu du sol appartient à la très-grande propriété, celle qui donne plus de 10,000 francs de revenu net réel ; un autre dixième à la propriété simplement grande, celle qui produit un revenu net réel inférieur à 10,000 francs mais supérieur à 4,000 ; que quatre dixièmes du revenu du sol reviennent à la propriété moyenne, celle qui produit de 800 à 4, 000 francs de revenu net ; et que les quatre autres dixièmes se distribuent entre les très-petits propriétaires qui retirent moins de 800 francs de revenu net de leur bien. C’est dire que la moyenne et que la petite propriété réunies possèdent les huit dixièmes du revenu net rural de la Belgique ; or, cette propriété moyenne qui monte au maximum à 4,000 francs de revenu net réel ne peut, certes, être considérée comme créant une regrettable inégalité des fortunes car avec 4,000 francs on ne peut que mener, avec beaucoup d’ordre et d’économie, une vie décente et confortable, surtout si on fait, comme on le doit, une part à l’épargne. D’autres revenus, dira-t-on, provenant soit des capitaux, soit de l’exercice d’une industrie ou d’une profession, viennent s’ajouter au produit net que les moyens propriétaires retirent de leurs domaines sans doute, mais il est bien rare que la combinaison de tous ces revenus divers forme une véritable opulence et mette leurs possesseurs au-dessus de la simple aisance.

En France nous ne pouvons faire que des inductions sur les

  1. L’agriculture belge, 1878. Rapport de M. Émile de Laveleye, p. LXXIV.