Page:Leroy-Beaulieu, Essai sur la répartition des richesses, 1881.djvu/177

Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.


il est évident que la qualité de propriétaire n’est pas pour la plupart des premiers déclarants la qualité principale, car la propriété dont ils se targuent ne suffirait pas, tant s’en faut, à les faire vivre. D’autre part, il doit se rencontrer parmi les hommes adonnés aux professions libérales beaucoup de propriétaires qui se sont fait inscrire au recensement comme médecins, avocats, architectes, juges, militaires, professeurs, etc. Ces renseignements laissent donc beaucoup de place à la confusion. Tout ce qu’on peut en conclure, c’est qu’il y a en France dix à douze millions de personnes environ, soit près du tiers de la population, qui ont quelque propriété foncière mais cela ne veut pas dire qu’il y ait dix ou douze millions de personnes qui vivent de leur propriété, même en la travaillant eux-mêmes. La grande partie de ces 10 ou 12 millions sont des ouvriers ou des travailleurs à gages leur propriété ne leur fournit qu’un très-mince appoint de revenu.

En jetant les yeux sur le nombre des parcelles et des cotes foncières, on se convaincra de l’exactitude de cette observation. Ce que l’on appelle parcelle est tout morceau du sol qui se distingue des morceaux environnants, soit par sa configuration physique, soit par une clôture, soit par une différence de culture. Le nombre des parcelles croît toujours, parce que, en l’absence de renouvellement périodique du cadastre, on y en ajoute constamment et l’on n’en retranche jamais. Il n’y a d’intérêt à faire réviser la matrice cadastrale que lorsqu’une ancienne parcelle est divisée par une vente. Au contraire, quand deux parcelles jadis distinctes sont réunies, elles continuent à figurer pour leur nombre primitif. En 1851 (nous n’avons pas de chiffres plus récents), on comptait en France 126 millions de parcelles, soit 2 1/2 par hectare. Il faudrait être un statisticien de bien légère cervelle pour en conclure que la terre en France est généralement divisée en lambeaux de 40 ares, interdisant à peu près toute culture régulière et productive. Sur ces 126 millions de parcelles en 1851, — il y en a peut-être à l’heure actuelle 140 millions, — le plus grand nombre presque assurément représentent des constructions de villes, de banlieues urbaines ou de