Page:Leroy-Beaulieu, Essai sur la répartition des richesses, 1881.djvu/172

Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.


contenance était moindre de 50 verges et des prairies qui avaient une étendue inférieure à 25.

Ces idées n’avaient pas dominé toujours et en tout pays on peut citer des exemples d’une législation opposée. En 1760 les États du Hainaut firent une loi pour défendre aux propriétaires de laisser à leurs fermes plus de 180 acres d’étendue c’était la une atteinte à la grande culture non la grande propriété, car celle-ci s’accommode fort bien de la multitude des métairies. Vers la même époque les États de Brabant prirent des dispositions du même genre. Le voisinage des Flandres était sans doute un encouragement à cette intervention du législateur ; les Flandres ont été toujours célèbres et prospères par la petite culture. À la fin du dix-huitième siècle la mode était d’ailleurs à cette dernière, de même qu’au commencement du dix-neuvième elle fut à la grande culture. Frédéric II créait dans ses bailliages 35,000 petites fermes et il y instituait le colonat héréditaire. Dans le Danemark, vers le même temps, le souverain étendait à cinquante ans, puis à deux vies la durée des droits des paysans à la jouissance des domaines nobles, puis, pour qu’ils pussent en acquérir la propriété, il leur faisait des avances à 6 p. 100, taux d’une grande modération à cette époque. Il y avait, sans doute, au fond de ces mesures, une pensée politique tout autant qu’une idée économique. Les rois de l’ancien régime aimaient la démocratie rurale.

Ces changements de direction dans l’intervention législative prouvent que l’État ferait mieux de laisser faire le cours naturel des choses. Les lumières de l’État sont, en effet, si vacillantes et il s’en faut tant qu’il ait une règle sûre de vérité, qu’on le voit à certains moments encourager une distribution de la richesse et de la propriété que la génération suivante jugera très-préjudiciable aux intérêts généraux.

Il est inutile de s’arrêter longtemps sur les arguments que l’on donne respectivement en faveur de la grande culture[1]

  1. Il ne faut pas confondre la grande culture et la grande propriété : celle-ci comporte souvent la petite culture, par le morcellement des fermes et des métairies : c’est alors le mode le plus défectueux d’exploitation du sol.