Page:Leroy-Beaulieu, Essai sur la répartition des richesses, 1881.djvu/17

Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.


que nous ayons publié et qui date de douze ans, au milieu de la quiétude générale et avant les réunions publiques qui firent tant de bruit vers la fin de l’Empire, nous signalions le danger du socialisme démocratique, reprenant des forces alors qu’on le croyait mort. Les derniers congrès ouvriers, celui de Marseille entre autres, l’apparition d’un grand nombre de feuilles politiques qui ajoutent à leur titre l’épithète de journal socialiste, doivent prouver à tous que le socialisme est encore vivant. S’il l’est en France, il a encore plus de vie dans d’autres contrées européennes en Allemagne, en Russie, même en Italie.

Les trois socialismes que nous venons d’indiquer, le socialisme démocratique, le socialisme scientifique et le socialisme mystique ou religieux, ont une attitude différente vis-à-vis de la société que chacun d’eux cependant cherche à subjuguer. Le premier est agressif et violent, il veut s’emparer de la société de vive force ; le second est doctrinal, magistral, il veut convaincre la société et la régenter ; le troisième est insinuant, il prétend la convertir.

Tous les trois ont ceci de commun qu’ils croient que les lois économiques sur la distribution des richesses produisent, abandonnées à elles-mêmes, une inégalité croissante des conditions humaines, une concentration croissante des capitaux, de l’industrie et du commerce en un petit nombre de mains, et que par conséquent le législateur doit intervenir pour corriger ces tendances qui seraient fatales au corps social[1].

Prenant un à un chacun des progrès industriels et chacune des lois économiques, ces trois socialismes s’efforcent de prouver que ce progrès ou que cette loi a contribué soit à une plus grande inégalité des fortunes, soit à une plus grande instabilité du sort des ouvriers. On parle des machines et de leurs bienfaits, mais les machines produisent le chômage, au moins temporaire ; à chaque instant, par leurs incessants perfectionnements, elles jettent la perturbation dans les ateliers, elles

  1. Voir notre ouvrage : « De l’état social et intellectuel des populations ouvrières et de son influence sur le taux des salaires » .