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d’années une grande partie du territoire de la France passera des mains incapables et fainéantes aux mains entreprenantes et laborieuses. Notre droit de mutation sur les immeubles est peut-être l’impôt le plus funeste qui existe dans toute notre fiscalité.

À la longue la haute classe moyenne que l’on est convenu d’appeler du nom de bourgeoisie, celle qui occupait les professions libérales et qui était en possession du grand commerce et de la grande industrie, se dessaisira d’autant plus facilement de ses immeubles ruraux, qu’ils ne rapportent plus ni honneur, ni considération, ni prérogatives politiques, ni influence électorale et qu’ils sont pour elle d’une gestion de plus en plus malaisée. Il y a un demi-siècle et surtout un siècle, les valeurs mobilières n’existant guère, la bourgeoisie employait ses épargnes à l’achat de terres aujourd’hui elle ne le fait plus qu’exceptionnellement elle vend ses immeubles ruraux. A tout considérer, cette tendance économique est heureuse. L’agriculture et la société prise dans son ensemble retireront plus de profits de l’existence d’une vaste démocratie rurale au milieu de laquelle se rencontreront d’assez nombreux propriétaires moyens résidant, et faisant de la culture une occupation sérieuse et professionnelle, que de propriétaires bourgeois qui habitent toujours les villes, surtout les grandes villes, qui n’ont avec leurs fermiers que de fugitifs rapports, dépourvus souvent de cordialité, toujours d’intimité.