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passant de la négation à l’affirmation, prend un autre nom, il s’appelle le Socialisme.

Il ne faut pas se le dissimuler ; le socialisme a pris un développement considérable, une vie nouvelle, depuis quelques années. On le croyait mort, il reparaît. On ne le connaissait que sous une forme ; il surgit maintenant sous trois formes différentes. Nous rencontrons d’abord le socialisme ancien, le plus connu, celui qu’on combat avec le plus d’ardeur, le seul presque qu’on considère comme un ennemi, c’est le socialisme démocratique, qui a pour adhérents une notable partie de la classe ouvrière. À côté de ce premier socialisme qui est d’instinct plus que de raisonnement, on trouve le socialisme savant, celui qui a pris naissance dans quelques chaires ou dans quelques écrits d’économie politique et qui a gagné à sa doctrine ou à quelques-unes de ses doctrines une partie du monde officiel et administratif dans certains pays. Ce socialisme, on l’a appelé socialisme de la chaire ; on pourrait aussi le nommer « socialisme d’État[1]. » Enfin il y a un troisième mode du pessimisme économique, c’est le socialisme mystique et religieux.

De ces trois formes du socialisme contemporain les deux dernières n’existent guère en France ou du moins le public les ignore, elles ne s’y sont pas encore constituées en corps de doctrine compact ; on en rencontre cependant les éléments, les membres épars, dans beaucoup de discours, de rapports, de pétitions et de projets. Quant à la première et la plus antique forme du socialisme, celle qui a séduit une notable partie de la population ouvrière, on la croyait, elle aussi, disparue ; les politiques se flattaient, quelques-uns se flattent encore, qu’elle n’est qu’une sorte d’ombre ou de fantôme qu’évoquent de temps à autre, dans des desseins personnels, les partis vaincus. Les hommes qui suivent de près depuis quelques années le mouvement économique et social n’ont jamais été dupes d’une aussi grossière ou aussi volontaire illusion. Nous-même, dans le premier ouvrage

  1. Nous nous sommes servi de ce mot « socialisme d’État » dans divers articles de notre journal l’Économiste français, pour caractériser des tendances qui dominent dans certains groupes de notre Chambre actuelle des députés.