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en quelque sorte le sol, du jardinage et des engrais abondants. La densité de la population fait élever le prix du fermage ; ici, mais d’une manière exceptionnelle, les lois de Ricardo et de Malthus trouvent leur application. Le capital d’exploitation est considérable relativement à l’étendue ; il est faible pour chaque ferme à cause de son exiguïté : il atteint 800 à 1,000 francs par hectare, souvent 1,200[1] ; avec 3 ou 4,000 francs, souvent moins, on s’établit fermier tout le monde veut l’être. Malgré l’infertilité naturelle du sol, la rente de la terre est ainsi très-haute en moyenne le fermage est de 102 à 150 francs par hectare. Ces prix de loyers ne sont obtenus que par la très-grande sobriété du fermier, par des salaires très-bas, et par le travail de toute la famille, femmes et enfants, à presque toutes les heures de la journée.

M. de Laveleye remarque que dans les parties plus pauvres de la Belgique, dans les provinces telles que les Ardennes, le Condroz, où la rente de la terre est beaucoup plus basse, un simple ouvrier des champs sans capital gagne plus et vit mieux que le fermier des Flandres qui possède pour plusieurs milliers de francs d’outillage ou de fonds de roulement. M. Hippolyte Passy a constaté aussi pour la terre de Labour que la misère de l’exploitant y coïncide avec les hauts fermages dont elle est cause.

L’émigration serait le principal remède à ces souffrances. Le monde inhabité est assez vaste pour que la population ne s’entasse pas en quantité exagérée sur d’étroits espaces du vieux monde. Après l’émigration, l’instruction des travailleurs ruraux aurait aussi quelque action ; dans ces contrées où la population est si dense, il est incontestable que les gros revenus des propriétaires sont un peu acquis aux dépens de la faible rémunération des fermiers.

Ces contrées, ces districts plutôt, sont l’exception, non la règle. Pourquoi partout ailleurs et pour les terres de plus de douze

  1. Ces chiffres sont empruntés à M. de Laveleye d’après d’autres estimations, le capital d’exploitation va jusqu’à 1,800 francs par hectare dans le département du Nord.