Page:Leroy-Beaulieu, Essai sur la répartition des richesses, 1881.djvu/134

Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.


dehors lui fournissent toujours ce qui suffit à ses achats de vêtement, de mobilier et à ses épargnes.

C’est une erreur de croire que la décroissance de la rente de la terre puisse avoir pour effet de réduire notablement les salaires. Que, si le prix du pain et de la viande baissait d’un tiers ou de moitié, les salaires vinssent à subir de légères fluctuations, à diminuer par exemple d’une fraction faible, 10 ou 15 pour 100, il y aurait peut-être témérité à le contester mais on ne peut penser que les salaires baisseraient dans une proportion équivalant à la baisse du blé ou de la viande. Le taux des salaires, en effet, est influencé par une multitude de causes que nous étudierons plus loin et dont plusieurs ont été très-négligées par les économistes. Le prix des subsistances est l’un des facteurs, mais non le seul, du taux de la rémunération de la main-d’œuvre.

En résumé, le double mouvement qui se manifeste avec une si remarquable intensité, depuis quelques années, à la surface du globe, c’est-à-dire le peuplement de contrées neuves et l’entrée de contrées vieilles et isolées dans la civilisation européenne coïncidant avec de très-grands progrès dans les moyens de transport, doit diminuer la rente de la terre, réduire le revenu des propriétaires fonciers ou du moins le rendre stationnaire. Cette transformation n’amènera aucune diminution de l’activité nationale ou de la production nationale elle les stimulera, au contraire, et en accroîtra l’énergie ; mais elle aura pour conséquence inévitable un déplacement des fortunes, une moindre inégalité des conditions. Il y aura moins d’écart entre la situation de l’ouvrier agricole, celle du petit propriétaire et celle du possesseur de grands domaines. Ainsi la théorie de Ricardo et de Stuart Mill recevra des faits un éclatant démenti.