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agricoles, la culture intensive, augmentent d’une manière absolue le revenu du propriétaire, mais en diminuent la proportion avec la valeur de l’ensemble des produits. Plus la culture est perfectionnée, en effet, plus sont considérables les avances que l’on fait au sol sous la forme d’engrais et d’amendements de toutes sortes, plus la main-d’œuvre aussi ou les machines tiennent de place. Pour une terre exploitée suivant les procédés les plus primitifs, la proportion du revenu net au revenu brut est souvent de 50 pour 100 si la culture se perfectionne, la proportion du revenu net au revenu brut tombe généralement à 30, à 25, quelquefois à 20 ou à 15 pour 100. Un hectare des meilleures terres du département du Nord produisant 35 hectolitres de blé, soit une valeur marchande de 700 francs, n’est guère loué plus de 150 francs, soit 21 1/2 pour cent du produit, tandis qu’un hectare des plateaux du Cantal, de la Lozère ou de l’Aveyron fournissant 8 ou 9 hectolitres de blé, soit 160 ou 180 francs de produit brut, est souvent affermé 50 ou 60 francs, soit.30 à 35 pour 100 de la valeur de la production.

C’est un fait prouvé par l’expérience que cette décroissance de rapport du revenu net au revenu brut à mesure que la civilisation se développe il y a là une loi de nature, et c’est encore un des faits qui prouvent l’exagération ou la fausseté de la doctrine de Ricardo sur la position privilégiée du propriétaire foncier. Si l’on pouvait analyser dans une livre de pain ce qui en moyenne représente le prix du travail, le bénéfice du fermier, l’intérêt des capitaux et le fermage à proprement parler, on verrait que la part du fermage a toujours été en baissant depuis bien des années[1].

Pour achever l’étude que nous avons entreprise sur la situation du propriétaire foncier au milieu de la société actuelle, il

  1. Les partisans de la doctrine de la rente de la terre soutiennent, il est vrai, que la rente n’entre pas dans le prix, du moins qu’elle n’en est pas un des éléments, qu’elle n’en est que la conséquence, puisque la rente représente l’écart entre le prix de revient des produits des meilleures terres et le prix de revient des plus mauvaises. Néanmoins, nous pouvons comparer l’ensemble de la rente foncière du pays à l’ensemble de la valeur de la production agricole et constater que le rapport va toujours en diminuant.