Page:Leroy-Beaulieu, Essai sur la répartition des richesses, 1881.djvu/113

Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.


par hectare, soit 88 p. 100 d’augmentation en trente-huit ans[1].

En France le revenu foncier rural montait à 1, 200 millions du temps de Lavoisier, c’est-à-dire en 1790 il s’élevait à 1, 500 millions en 1813 à 1, 900 millions en 1851, enfin à 2 milliards 750 millions en 1874, d’après les statistiques officielles c’est un accroissement de 130 pour 100 en quatre-vingt-quatre ans et de 45 pour 100 en vingt-trois ans, depuis 1851.

Résulte-t-il de ces chiffres que soit en Angleterre, soit en Belgique, soit en France, le revenu net du propriétaire foncier augmente d’environ 2 pour 100 par année, sans travail ni dépenses de sa part ? Longtemps un préjugé de ce genre a été répandu dans le public, et il en reste encore quelques traces. Cette conclusion serait singulièrement erronée. À ne prendre que l’exemple de la France, il y a trois grands faits dont il faut tenir compte pour savoir quelle est l’amélioration qui s’est produite dans la situation du propriétaire foncier. Voici ces trois faits ; 1° la dépréciation des métaux précieux qui réduit la puissance d’achat de tous les revenus ; 2° l’accroissement des impôts portant sur la terre ou sur les constructions ; 3° les capitaux considérables engagés dans le sol depuis 1790, même depuis 1851. Passons successivement en revue ces trois influences, qui agissent sur le revenu net du sol.

La dépréciation des métaux précieux depuis la découverte de l’Amérique et plus particulièrement depuis l’exploitation des mines de la Californie et de l’Australie, est un phénomène dont on ne peut guère contester la réalité. La diminution du pouvoir d’achat de l’or et de l’argent peut tenir à deux causes diverses, soit à l’avilissement de la valeur de ces métaux eux-mêmes, soit à la plus forte demande et à la hausse, si ce n’est de la totalité, du moins de la généralité des produits humains. Au point de vue pratique on peut réunir ces deux effets, dus à des causes différentes, sous la rubrique de dépréciation des métaux précieux, quoique, au point de vue scientifique, cette assimilation soit défectueuse. À combien peut-on évaluer cette

  1. L’agriculture belge en 1878, Introduction, p. C.