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CHAPITRE III

DE LA SITUATION RESPECTIVE DES DIVERSES PARTIES DE LA CLASSE AGRICOLE PROPRIÉTAIRES, FERMIERS, MÉTAYERS, OUVRIERS.


De l’importance et des causes de la plus-value de la rente de la terre en Angleterre, en Belgique et particulièrement en France. — L’élévation réelle de la rente de la terre est beaucoup moins forte que l’élévation apparente pour trois raisons. — Il faut tenir compte de la dépréciation des métaux précieux qui a réduit le pouvoir d’achat de tous les revenus dans une proportion de 20 à 25 p. 100 depuis 1850, de 30 à 40 p. 100 depuis 1790. — L’accroissement des impôts portant sur la terre a été presque en tout pays plus rapide que l’accroissement des revenus fonciers. — La plus forte partie, la presque totalité de l’augmentation de l’ensemble de la rente de la terre en France, représente uniquement l’intérêt des énormes capitaux consacrés par les particuliers aux améliorations agricoles depuis un quart de siècle ou un demi-siècle. — Calculs à ce sujet.

La rente de la terre s’est notablement moins accrue que l’ensemble de la production agricole. — La quote-part perçue par les propriétaires dans le prix de vente des produits va en diminuant. — La quote-part prélevée par les fermiers et celle qui échoit à la main-d’œuvre vont, au contraire, en augmentant.

Comparaison de la progression de la rente de la terre à la progression des salaires agricoles. — Augmentation de ces salaires en France de 1780 à 1872.

Plus le monde se peuple, plus le prétendu privilège de l’agriculteur européen s’atténue ou disparaît. — La fausseté ou l’exagération du principe de Ricardo et de Malthus est ainsi expérimentalement démontrée. — Comparaison de l’agriculture américaine et de l’agriculture française.

Le produit des améliorations agricoles est très inégal. — Le nombre des perdants équivaut à celui des gagnants. — Part du hasard dans la hausse ou dans la baisse de la rente de la terre comme dans le résultat de tous les efforts humains. — Le hasard tient une place dans la formation de toutes les fortunes. — La propriété foncière n’est pas dans une situation autre que toutes les entreprises humaines. — Nombreux cas de baisse de la rente de la terre dans tout un pays.

Le législateur n’est pas tenu d’intervenir pour maintenir les fermages à un taux déterminé. — La baisse des fermages n’amène pas la mise en friche des terres. — Le bon marché des produits agricoles n’entraîne pas nécessairement une baisse des salaires. — La diminution de la rente de la terre n’appauvrit en rien la nation et profite au rapprochement des conditions.

Soumise à un examen attentif la doctrine de Ricardo nous est apparue comme n’ayant aujourd’hui presque aucune portée pratique. On ne peut prétendre que dans la majorité des cas