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figurait qu’exceptionnellement alors sur la table des squires ou riches propriétaires campagnards.

Il est faux que le prix du blé ait une tendance à toujours s’accroître. Il avait notablement baissé en Angleterre depuis le début de ce siècle, même avant les importations américaines. Il avait baissé doublement, estimé en argent et estimé en travail humain ; mais même en négligeant la hausse de la journée de l’ouvrier qui lui eût permis de payer le blé plus cher, cette denrée estimée en argent coûtait 20 p. 100 de moins dans le troisième quartier du dix-neuvième siècle que dans le premier.

Que l’ordre historique des cultures ne soit pas le moins du monde celui que Ricardo a indiqué, Carey a fourni sur ce point une démonstration victorieuse. L’expérience en outre a prouvé qu’il s’en faut de beaucoup que le blé et les autres produits naturels aient une tendance à hausser toujours. Les faits n’enlèvent pas toute vérité théorique à la doctrine de Ricardo mais ils lui ôtent presque toute portée pratique. Il demeure vrai que pour beaucoup de terres une partie du fermage représente la supériorité de fécondité naturelle du sol ou la supériorité de situation relativement aux autres terres ou à d’autres terres qui sont en culture mais il est faux que d’une manière générale le propriétaire soit le favori et en quelque sorte l’enfant gâté de la civilisation, que ses revenus aient une tendance à toujours s’accroître sans travail de sa part.

Un autre observateur d’une remarquable sagacité, M. Hippolyte Passy, a complété la démonstration de Carey dans un petit livre intitulé : Des systèmes de culture et de leur influence sur l’économie sociale, un véritable chef-d’œuvre, nous n’hésitons pas à le proclamer. M. Hippolyte Passy ne combat pas directement Ricardo, il ne le nomme guère. L’objet de son ouvrage est même autre que l’examen ou la réfutation de cette théorie célèbre ; il est consacré, en effet, particulièrement à la comparaison des avantages et des inconvénients de la grande et de la petite propriété, de la grande et de la petite culture. Mais de tous