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Caucase et j’en éprouvais beaucoup de peine.

Nous restâmes ainsi longtemps. Le soleil se cachait derrière les froides cimes et un brouillard épais et gris s’étendait déjà sur les vallées, lorsque dans la rue retentit le son des grelots d’un équipage et la voix des postillons.

Quelques voitures militaires toutes couvertes de boue entrèrent dans la cour et derrière elles une calèche de voyage vide. Sa marche était légère, sa construction commode et élégante et elle avait un cachet étranger. Sur le siège était un homme à longues moustaches et trop bien vêtu pour un laquais ; mais il était cependant impossible de se tromper sur sa position sociale en voyant la manière grossière avec laquelle il secouait la cendre de sa pipe et criait après les postillons. C’était évidemment le serviteur complaisant d’un maître paresseux et avait un air de famille avec le Figaro russe. Dites-moi, mon cher ! lui criai-je par la fenêtre ; l’occasion est-elle arrivée ? Il me regarda avec assez d’arrogance, arrangea sa cravate et se retourna. Le conducteur des équipages militaires, placé à côté de lui, répondit qu’effectivement l’occasion était arrivée et qu’elle repartirait le lendemain matin.