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village tartare ; la terre y est verdoyante et couverte de fleurs, et le bruit discordant de mille voix se perd au milieu de celui des caravanes dont on entend de loin résonner les clochettes. La rivière ne précipite à travers les vapeurs, brille, écume ; tandis que la nature, semblable à un enfant insoucieux, joue avec la vie éternellement jeune, la fraîcheur, le soleil et le printemps.

Mais le château est triste et a fini de servir à son tour, comme un pauvre vieillard qui survit à ses amis et à sa famille chérie. Ses habitants invisibles attendent le lever de la lune. Alors libres et joyeux, ils se mettent à fredonner et courent de tous côtés. L’araignée grisâtre, nouvelle ermite, file la trame de ses toiles et une famille de lézards verts court gaiement sur les toits ; le serpent prudent sort de la fente obscure et vient ramper sur les dalles du vieux perron. Tantôt il s’enroule comme un triple anneau, tantôt il s’étend comme une longue raie et brille comme une épée d’acier, oubliée depuis longtemps sur un champ de bataille par un héros mourant à qui elle ne devait plus servir. Le tout est sauvage, et nulle part on ne retrouve la trace des années passées. La main des siècles s’est appliquée longtemps à les effacer et rien ne