Page:Lermontov - Un héros de notre temps, Stock, 1904.djvu/364

Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.


bras il emportait de la terre une âme pécheresse. Avec de douces paroles d’espérance il dissipait ses doutes, et de ses larmes il effaçait en elle les traces de l’opprobre et de la douleur. Les harmonies célestes, quoique de loin, arrivaient déjà vers eux. Tout à coup au milieu de l’espace libre, l’esprit des enfers surgit du fond de l’abîme. Il tourbillonnait avec fracas et brillait comme le sillon de l’éclair, puis avec une impudente fierté il répétait : « elle est à moi ; » la pauvre âme de Tamara se serra contre la poitrine de son gardien et se mit à prier pour calmer sa frayeur. En ce moment son avenir allait se décider ! Il reparaissait devant elle. Mais grand Dieu ! Qui l’aurait reconnu ? Quels regards méchants il fixait sur elle ! Comme on sentait qu’il était plein du poison mortel d’une colère inextinguible ! son visage immobile exhalait un froid sépulcral.

— « Disparais, esprit de doute et de ténèbres ; répondit le messager des cieux : tu as assez longtemps triomphé ; mais l’heure du jugement est venue, et que la sentence divine soit bénie ! Les jours de la tentation sont passés ; en quittant son enveloppe terrestre et périssable elle a