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mon amour, — je renonce à mes vieilles rancunes ; je renonce à mes pensées d’orgueil ; dès maintenant le poison de la flatterie trompeuse ne viendra plus agiter mon esprit. Je veux aimer ; je veux prier ; je veux croire au bien ; avec les larmes du repentir j’effacerai sur mon visage digne de toi, les marques du feu céleste ; et que désormais l’univers tranquille croisse dans l’ignorance sans moi. Oh ! crois moi ! Moi seul jusqu’à ce jour t’ai comprise et appréciée. En te choisissant pour mon sanctuaire, j’ai déposé ma puissance à tes pieds. J’attends ton amour comme un don et je te donnerai l’éternité pour un regard. Dans l’amour comme dans l’aversion, crois-moi Tamara : je suis immuable et grand. Moi, fils libre de l’espace, je t’emporterai dans les régions qui planent au-dessus des étoiles et tu seras la reine du monde, ma première compagne. Sans regrets, sans désirs, tes yeux regarderont cette terre où il n’y a ni bonheur vrai, ni beauté durable, où l’on ne voit que crimes et châtiments, où la passion mesquine peut seule vivre et où on ne sait pas sans crainte haïr ou aimer. Ignores-tu ce que c’est que l’amour passager des hommes ? Un sang jeune