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puissant, au milieu des tourbillons de poussière, enveloppé d’éclairs et de vapeurs, je m’élançai avec fracas dans les nuages ; j’aurais voulu pouvoir dans la foule des éléments révoltés, étouffer les murmures de mon cœur ; échapper à la pensée inévitable et oublier ce qui ne pouvait être oublié. Que peut être le récit des pertes douloureuses, des fatigues et des maux, des générations passées et futures de la race humaine, en présence d’un seul instant de mes souffrances inconnues ? Que sont les hommes, que sont leur vie et leurs peines ? Elles ont passé, elles passeront ; l’espérance leur reste ; un jugement équitable les attend et à côté du jugement reste encore le pardon ! Ma douleur à moi est constamment là et comme moi elle ne finira jamais et ne trouvera jamais le sommeil de la tombe ! tantôt elle se glisse en moi comme un serpent ; tantôt elle me brûle et luit comme une flamme ; tantôt elle pèse sur ma pensée comme le lourd rocher des passions et des espérances perdues. Mausolée indestructible !

TAMARA.

Pourquoi me faire connaître tes souffrances ? Pourquoi te plains-tu à moi ? tu as péché !…