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niblement !… tout à coup au-dessus d’elle une voix surnaturelle se fait entendre : « Ne pleure pas enfant, ne pleure pas en vain ; tes larmes ne peuvent tomber sur ce cadavre muet comme une rosée vivifiante ; les larmes ne peuvent que ternir le regard limpide des jeunes filles et creuser leurs joues. Il est bien loin déjà ; il ne connaîtra point ta douleur et ne pourra l’apprécier ; la lumière céleste réjouit maintenant ses yeux qui n’ont plus rien de ce monde et il n’entend plus que les concerts du paradis. Que sont les rêves insignifiants de la vie, et les gémissements et les larmes d’une pauvre fille, pour un hôte des cieux ? Rien. Non ! le sort d’une créature mortelle, crois-moi, mon ange terrestre, ne vaut pas un seul instant de ta chère tristesse. À travers les océans éthérés sans gouvernail et sans voiles, les chœurs des astres brillants voguent doucement au milieu des vapeurs ; dans les espaces infinis des cieux, les groupes floconneux des nuages impalpables passent sans laisser de trace ; l’heure de la séparation, l’heure du retour, n’ont pour eux ni joie ni tristesse ; pour eux l’avenir est vide de désirs et le passé sans regret. En ce jour d’affreux malheurs sou-