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un souvenir confus plein de regrets. Dans ces luttes vaines j’épuisai et l’ardeur de mon âme et la permanence de la volonté nécessaire à une vie active. J’entrai dans cette vie, dont toute l’image était déjà dans ma pensée et je m’ennuyai honteusement comme celui qui lit une mauvaise imitation d’un livre connu depuis longtemps.

Les événements de cette soirée avaient jeté en moi une assez profonde impression et avaient irrité mes nerfs. Je ne savais vraiment si je croyais à la prédestination ou si je n’y croyais pas ; mais ce soir-là j’y avais cru fermement. L’épreuve avait été frappante, et quoique je me fusse moqué de nos aïeux et de leur serviable astrologie, j’étais tombé comme eux dans l’ornière. Mais je m’arrêtai à temps dans ce chemin dangereux, ayant pour principe de ne rien récuser d’une manière décisive et de ne croire à rien aveuglément. Je rejetai la métaphysique de côté et je regardai à mes pieds. Ma circonspection vint fort à propos ; j’avais failli tomber en heurtant quelque chose de gros et de mou, un corps mort apparemment. Je me penchai, la lune éclairait juste alors le chemin.