Page:Lermontov - Un héros de notre temps, Stock, 1904.djvu/312

Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.


arrêtée : tous les yeux exprimaient une souffrance et une curiosité vague et couraient du pistolet à la carte fatale, qui tremblant en l’air, descendît lentement. À cet instant, comme elle atteignait la table, Voulitch abattit le chien… L’arme rata.

— Grâce à Dieu ! s’écrièrent beaucoup, il n’était pas chargé.

— Regardons, cependant, dit Voulitch.

Il releva de nouveau le chien et ajusta une casquette suspendue au-dessus de la fenêtre : le coup partit, la fumée remplit la chambre ; lorsqu’elle se fut dissipée, on regarda la casquette ; elle était traversée dans son milieu et la balle était entrée profondément dans le mur.

Trois minutes s’écoulèrent sans que quelqu’un put prononcer un mot. Voulitch serra tranquillement dans sa bourse mes ducats.

On se mit à discuter sur ce qui avait empêché le pistolet de partir la première fois. Les uns soutenaient que certainement la lumière devait être bouchée, d’autres disaient qu’au premier coup la poudre de l’amorce était humide et qu’ensuite Voulitch avait dû en mettre de la fraîche. Mais moi je soutins que la dernière supposition était