Page:Lermontov - Un héros de notre temps, Stock, 1904.djvu/311

Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.


— Ce pistolet est-il chargé ?

Dans sa préoccupation, celui-ci ne comprit pas bien.

— Oui parfaitement, Voulitch, lui cria quelqu’un, il est certainement chargé puisqu’il était suspendu sur nos têtes. Quelle envie de plaisanter !

— Sotte plaisanterie ! ajouta un autre.

— Je parie cinquante roubles contre cinq que le pistolet n’est pas chargé, cria un troisième.

Un nouveau pari s’engagea.

Tous ces longs préparatifs m’ennuyaient.

— Écoutez, lui dis-je, ou brûlez-vous la cervelle, ou suspendez l’arme à sa place et allons dormir.

— C’est cela ! dirent la plupart : allons dormir.

— Messieurs, je vous prie de ne pas bouger et il appuya la bouche du pistolet sur son front.

Tous furent comme pétrifiés.

— Monsieur Petchorin, prenez une carte, ajouta-t-il, et jetez-la en l’air.

Je pris sur la table, je m’en souviens maintenant comme si j’y étais, un as de cœur, et je le lançai en l’air. La respiration de tous s’était