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— Messieurs, reprit-il lentement, en débarrassant son bras, à qui plaît-il de payer pour moi vingt ducats ?

Tous se turent et s’éloignèrent.

Voulitch passa dans l’autre chambre et s’assit auprès de la table. Tous le suivirent. Il nous fit signe de nous asseoir tout autour ; on lui obéit en silence. En ce moment il avait pris sur nous une influence mystérieuse. Je le regardai fixement dans les yeux et son regard calme et immobile rencontra mon coup d’œil scrutateur. Ses lèvres pâles sourirent légèrement et, malgré son sang-froid, je lus comme l’empreinte de la mort sur son pâle visage. Je l’ai remarqué (et beaucoup de vieux militaires ont confirmé mes remarques), souvent sur le visage de l’homme qui doit mourir dans quelques heures, il y a quelque étrange expression de sort inévitable qu’il est difficile de confondre avec le regard ordinaire.

— Vous mourrez aujourd’hui ! lui dis-je.

Il se retourna vivement vers moi et me dit lentement et avec calme :

— Peut-être oui, peut-être non ! Puis se tournant vers le major, il demanda :