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plupart. Mais nous avons entendu des hommes dignes de foi…

— Tout cela n’est qu’absurdité ! dit quelqu’un : où sont les hommes dignes de foi qui ont vu le livre sur lequel est écrite l’heure de notre mort ?… Et si, réellement, la prédestination existe, pourquoi la volonté et la raison nous ont-elles été données ?… Pourquoi devons-nous rendre compte de nos actions ? »

À ce moment un officier, assis dans un coin de la chambre, se leva et s’avança lentement vers la table, en jetant tout autour des regards tranquilles et fiers. Il était Serbe de naissance, comme l’indiquait évidemment son nom.

L’extérieur du lieutenant Voulitch répondait tout à fait à son caractère. Sa taille était haute, la couleur de son visage, basanée, ses cheveux bruns, ses yeux noirs et pénétrants, son, nez grand, mais bien fait, privilège de sa nation ; un sourire froid et triste errait sans cesse sur ses lèvres. Tout cela s’accordait pour le présenter comme un être particulier, incapable de partager les pensées et les passions de ceux que le sort lui avait donnés pour compagnons.

Il était brave, discutait peu, mais vivement,