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est très sain et puis certainement si je n’étais pas parti à cheval et si je n’avais pas été contraint de faire pour le retour quinze ventes, je n’aurais pu fermer les yeux et dormir de toute la nuit.

En arrivant à Kislovodsk, à cinq heures du matin, je me jetai sur mon lit et m’endormis du sommeil de Napoléon après Waterloo.

Lorsque je me réveillai, il faisait déjà sombre dehors et je m’assis auprès de la fenêtre entr’ouverte, mon habit déboutonné. La brise de la montagne vint rafraîchir ma poitrine encore agitée par la fatigue d’un sommeil lourd. Au loin, derrière la rivière, à travers la cime des épais tilleuls qui l’ombragent, je voyais briller les lumières du village, et de la forteresse. Dans notre cour tout était calme et chez les princesses tout était éteint. Le docteur entra chez moi ; sa mine était sombre et contre l’ordinaire il ne me tendit pas la main.

« D’où venez-vous, docteur ?

— De chez la princesse Ligowska, sa fille est malade. C’est une crise nerveuse ; mais ce n’est pas de cela que je viens vous parler. Voici ce qu’il y a : l’autorité commence à avoir des soupçons et quoiqu’il soit impossible qu’on ait des