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gravé dans mon souvenir d’une manière ineffaçable :

« Je t’écris avec la pleine certitude que nous ne nous reverrons plus. Il y a déjà quelques années, en me séparant de toi, j’avais eu la même pensée ; mais il plut au ciel de m’éprouver une seconde fois, et je n’ai pu supporter cette seconde épreuve ; mon faible cœur n’a pu de nouveau résister à une voix connue… Tu ne me mépriseras pas pour cela, n’est-ce pas vrai ? Cette lettre sera en même temps un adieu et ma confession. Je suis obligée de te dire tout ce qui s’est accumulé dans mon cœur depuis le jour où il t’a aimé. Je ne viens point t’accuser ; tu t’es conduit avec moi comme se serait conduit tout autre homme. Tu m’as aimée comme on aime sa propriété, comme on aime une source de plaisirs, de trouble et de chagrin, alternatives émouvantes, sans lesquelles la vie est ennuyeuse et monotone. Dès le commencement j’ai compris cela… mais tu étais malheureux et je me suis sacrifiée, espérant qu’un jour tu apprécierais mon sacrifice, que quelque jour tu comprendrais ma profonde tendresse, indépendante de toute considération. Bien du